Nouvelle-Aquitaine

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Des tensions à résoudre

Depuis qu’une partie de la flotte française a adopté la seine danoise comme principal engin de pêche, il y a eu des tensions entre les nouveaux senneurs et la petite pêche côtière. Les eaux de Nouvelle-Aquitaine, au large du Sud-Ouest de la France, ne font pas exception à la règle.

« La cohabitation avec les senneurs a été forcée » explique Patrick LAFARGUE, président du CRPMEM Nouvelle-Aquitaine.

« Tout d’abord, il faut savoir qu’il s’agit d’un engin de pêche très, voire trop, performant. L’Ifremer l’a constaté. Ces navires de grande taille font partie des navires les plus grands du Golfe de Gascogne, avec une forte capacité de pêche. Les petits métiers locaux déclarent les stocks en danger après chaque coup de senne danoise. Par exemple, cela semble particulièrement évident au cours de la saison de rouget barbet. »

Dropping the dahn at the end of a fleet of nets. Image: M. Meyer-Doye / Lancer du fanion à l’extrémité d’un jeu de filets

Il décrit la situation comme tendue, mais « jusqu’à présent, pour chaque conflit de cohabitation nous trouvions toujours des terrains d’entente ».

« En 2013, nous avions réussi à mettre en place une réglementation interdisant l’usage de la senne danoise dans les eaux ex-aquitaines. En 2015, la même décision a été prise pour les eaux charentaises. Mais les deux arrêtés ont été attaqués au tribunal. Puis en 2017, les arrêtés ont été cassés, uniquement pour des raisons de forme. Il n’y a donc plus de réglementation spécifique pour ce métier bien que les pêcheurs néo-aquitains le souhaitent vivement. » dit-il.

The Port of Royan on the Gironde estuary. Image: A Balazuc / Le port de Royan donnant sur l’estuaire de la Gironde

Un nouveau travail de discussion entre l’administration et les parties prenantes a été entrepris en 2018, avec l’objectif d’éviter tout problème de cohabitation dans les 12 milles et de défendre le principe de précaution pour l’exploitation des ressources halieutiques en Nouvelle-Aquitaine. L’an passé, les représentants de la pêche néo-aquitains ont voté en faveur d’une interdiction de la seine danoise au Sud du parallèle 45°35’ N, avec une dérogation autorisant 3 senneurs à pêcher dans les eaux de la région situées au Nord de cette limite.

En janvier 2020, les membres du Bureau du Parc Naturel Marin Estuaire de la Gironde et mer des Pertuis se sont aussi prononcés contre la proposition d’autoriser la pêche de plus de trois senneurs au Nord du 45°35’N.

The port of La Cotinière on the island of Óleron. Image: A Balazuc / Le port de La Cotinière sur l’île d’Oléron

« Alors que les néo-aquitains ont toujours rappelé leur volonté initiale d’interdire la pratique de la senne danoise un compromis a été trouvé.  Cependant, l’arrêté préfectoral rendant obligatoire cette délibération n’a toujours pas été pris à ce jour, au grand dam de nos pêcheurs. En mer, la situation se cristallise. Plusieurs représentants professionnels et pêcheurs ont prévenu qu’une véritable bataille navale est plausible prochainement, et nous déplorons ne pas être soutenus. »

Les effets de la pandémie Covid19

Patrick LAFARGUE explique que, comme dans beaucoup de régions en France, des criées de Nouvelle-Aquitaine ont fermé les premiers jours de la pandémie, la filière étant totalement paralysée par manque de débouchés.

Les réouvertures se sont faites progressivement, et il précise que des mesures socio-économiques ont limité les impacts de la crise, permettant le retour d’une activité minimale.

The Port of Royan. Image: A Balazuc / Le Port de Royan

« Au cours de la période de confinement, certains professionnels ont préféré rester à quai en raison du risque sanitaire, mais d’autres ont choisi de s’organiser pour proposer à la vente des produits de manière continue. L’objectif premier était de ne pas de submerger les marchés, mais plutôt d’organiser un roulement efficace des flottilles. » nous raconte-t-il.

« Je note que les ventes en direct aux particuliers ont, pour le coup, résisté au confinement et se sont même développées. Des professionnels ont agrandi leur réseau d’AMAP, ont diversifié leurs marchés, et les étals de vente directe ont bien fonctionné. »

Les tendances du marché des produits de la pêche ont été profondément modifiées, car il n’y avait ni touristes, ni de restaurants, et la commercialisation d’espèces comme le Maigre ou le Bar – prisées par la restauration – a été particulièrement délicate, avec des prix très bas.

« Peu de restaurants ont pu s’adapter pour développer des repas à emporter,mais désormais la réouverture des restaurants a permis un retour des courts proche de la normale. » dit-il.

« Plus globalement, j’ai observé que depuis le déconfinement, les consommateurs ont changé leurs comportements d’achat de produits alimentaires. J’ai l’impression que les français essayent de s’approvisionner davantage auprès des producteurs locaux. D’ailleurs, à défaut de pouvoir se restaurer aussi régulièrement que d’habitude dans les restaurants, les habitants du littoral et les touristes achètent davantage de produits directement auprès des pêcheurs. »

Minister for the Sea Annick Girardin / Ministre de la Mer Annick Girardin

Un ministre français de la mer

Le poste de Ministre de la Mer a été créé cet été à l’occasion d’un remaniement du gouvernement (une première, sous cet intitulé, depuis 1988) et attribué à Annick GIRARDIN.

« Je suis content qu’un Ministère soit à nouveau clairement dédié à la mer. Il prend logiquement en charge la pêche. » affirme Patrick LAFARGUE.

« J’en suis satisfait parce les problématiques halieutiques seront traitées plus rapidement et la concertation sera probablement plus facile que lorsque la pêche intégrait le Ministère de l’Agriculture, comme auparavant. La pêche aurait pu intégrer le Ministère de l’Ecologie mais cela aurait sans doute été compliqué pour certains sujets. Aujourd’hui, je me sens plus serein avec un Ministère qui affiche sa vision maritime. Mais il ne faut pas s’emballer. Let’s wait and see. »