Nouvelle-Aquitaine

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La pêche côtière s’essaie à l’hydrogène

Utiliser une pile à combustible à hydrogène pour propulser un petit navire de pêche a réduit de 30 % la consommation de carburant fossile, selon Patrick LAFARGUE, président du Comité Régional des Pêches Maritimes (CRPMEM) de Nouvelle-Aquitaine, qui représente les marins-pêcheurs du Sud-Ouest de la France.

« Mon fils Nicolas LAFARGUE pêche depuis le port de Capbreton et se passionne pour l’aspect technique de son travail », dit-il.

The hydrogen fuel cell on board Cresus. Image: CRPMEMna / La cellule à hydrogène à bord du Crésus

« Il y a de cela quelques années il a essayé un mélange d’huile de cuisson et de diesel, mais sans trop de succès. Puis il a eu l’opportunité de tester une cellule à hydrogène à bord de son fileyeur de 14,80 mètres de long, et n’a pas hésité une seconde. »

Observant une réduction de 30 % de la consommation de carburant, allant de pair avec une diminution des émissions de gaz à effets de serre, la décision fut prise de se lancer dans un projet qui pourrait se focaliser sur cette technologie, avec l’objectif de pouvoir la mettre à disposition d’autres navires.

« Je voulais monter un projet régional qui pourrait être financé par France Filière Pêche, et le résultat est le projet GENHYPECHE, dont le but est de démontrer l’efficacité d’une pile à combustible à hydrogène, cette fois à bord d’un petit chalutier, pour réduire la consommation de gasoil et les émissions de particules », explique-t-il.

Gillnetting is a key fishery for the Nouvelle-Aquitaine region. Image: A Balazuc / Les métiers du filet sont prépondérants en Nouvelle-Aquitaine

La deuxième phase est en cours désormais, avec le concourt des Affaires Maritimes, et l’intention est de rendre cette technologie disponible pour tous types de navire, mais cela dépendra de la validation de l’analyse de risque réglementaire.

Patrick Lafargue, president of the regional fisheries committee (CRPMEM) of Nouvelle-Aquitaine. Image: CRPMEMna / Patrick LAFARGUE, president du comité régional des Pêches (CRPMEM) de Nouvelle-Aquitaine

« Si l’analyse est validée par Bureau Veritas, cela permettrait à tout navire qui souhaiterait installer ce système de satisfaire aux règles en matière de sécurité maritime, et nous espérons que cela puisse être le cas d’ici la fin de l’année 2020 », dit Patrick LAFARGUE.

« Dans un contexte de prise de conscience environnementale, la dépendance de l’activité de pêche envers les carburants pétroliers – aux réserves limitées, aux courts fluctuants et dont la combustion génère des gaz à effet de serre – nous a conduit à réfléchir à des solutions nouvelles. GENHYPECHE s’inscrit donc dans cette tendance d’amélioration de la performance environnementale des navires tout en diminuant les dépenses de carburant. Ce pourrait être une réponse efficace à un défi auquel la filière pêche devra de toute façon faire face. »

Relever le défi des engins de pêche perdus en mer

Le CRPMEM Nouvelle-Aquitaine cherche aussi à réduire l’empreinte écologique de la filière en évitant autant que possible les pertes d’engins en mer.

« Ce projet est né du constat récurrent de pertes de filets par les patrons de pêche. Le plus souvent, les filets sont perdus car le fanion – qui sert à localiser visuellement les extrémités des filets – est endommagé, sous l’action de la houle, ou parfois en raison du passage d’un chalutier. Le filet peut aussi s’user et venir se briser sur des reliefs rocheux », raconte M. LAFARGUE.

Hauling nets on board an Arcachon netter. Image: M. Meyer-Doye / Remontée des filets à bord d’un fileyeur arcachonnais

« Cela occasionne des pertes économiques pour les marins, avec le matériel à remplacer, le gasoil consommé et le temps consacré à rechercher les filets disparus, mais aussi un impact écologique. Le filet perdu peut représenter une source de pollution plastique non négligeable. Quand il est à la dérive, il peut aussi constituer un « engin fantôme » toujours susceptible de capturer des espèces marines. Pour ces raisons, le projet « FIND » (FIlets coNnectés pour une pêche Durable) a été initié à la demande des organisations professionnelles. »

Piloté par l’Université de Bordeaux au travers du programme d’innovation SPRING Océan, et soutenu par la région Nouvelle-Aquitaine et la Communauté d’Agglomération du Pays Basque, ce projet a vocation à développer et tester un dispositif de localisation installé sur les filets.

Coastal fishing vessels in the port of La Rochelle. Image: A Balazuc / Bateaux de pêche côtiers amarrés au port de La Rochelle

Basé sur le principe d’un sonar passif, le récepteur installé à bord du navire de pêche reçoit les signaux acoustiques transmis par la balise (ou « pinger ») du filet perdu. Il est constitué de plusieurs hydrophones qui déterminent la position de ladite balise par triangulation. Plusieurs techniques de localisation sont encore envisagées.

« En fonction de divers paramètres et du positionnement des hydrophones sous l’eau, il serait possible de pointer la position du filet perdu puis de larguer un grappin pour le récupérer ».

« Les filets de grandes dimensions seraient équipés de plusieurs balises, et nous réfléchissons à ce que les fréquences sélectionnées pour les balises émettrices puissent être celles qui ont le plus de chances d’effaroucher les mammifères marins, afin de les éloigner des filets. On atteindrait ainsi un double objectif. » précise Patrick LAFARGUE.

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